A propos de ce blog

C'est durant ma petite enfance que j'ai découvert l’œuvre de Georges Brassens, grâce à mon père qui l’écoute souvent durant les longs trajets en voiture. Sur la route des vacances estivales, j'ai entendu pour la première fois Le Petit Cheval alors que je n'avais que 4 ans. C'était en août 1981. Au fil des années, j'ai découvert bien d'autres chansons. Dès l'adolescence, Georges Brassens était ancré dans mes racines musicales, au même titre que Jacques Brel, Léo Ferré, Barbara et les autres grands auteurs-compositeurs de la même génération. M’intéressant plus particulièrement à l’univers du poète sétois, je me suis alors mis à réunir ses albums originaux ainsi que divers ouvrages et autres documents, avant de démarrer une collection de disques vinyles à la fin des années 1990. Brassens en fait bien entendu partie. Cet engouement s’est accru au fil du temps et d’évènements tels que le Festival de Saint-Cyr-sur-Morin (31/03/2007) avec l’association Auprès de son Arbre. A l’occasion de la commémoration de l’année Brassens (2011), j’ai souhaité créer ce blog, afin de vous faire partager ma passion. Bonne visite... par les routes de printemps !

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"Chaque fois que je chante une chanson, je me fais la belle." Georges Brassens

mercredi 14 octobre 2015

Georges Brassens, Thomas Dutronc: sur un chouette accord du père Django

Lorsque Thomas Dutronc évoque Georges Brassens, il se remémore des souvenirs de sa petite enfance, lui qui a commencé, très jeune, à en étudier des textes:

Thomas Dutronc: "Brassens, c’est un chanteur pas évident, très particulier, qui ne s’approche finalement pas si facilement. On l’associe trop souvent à L’Auvergnat ou aux Copains d’abord, alors que son œuvre va beaucoup plus loin. On s’en aperçoit en lisant ses textes : c’est un des grands poètes du XXe siècle. A l’école quand j’étais petit, on nous avait fait étudier La Ballade des dames du temps jadis, mais c’était assez obscur pour moi…"

A l'âge de dix-huit ans, il prépare un DEUG d'arts plastiques, option cinéma à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Centre Saint-Charles), à Paris. C'est à cette époque qu'il s'intéresse à l'art contemporain, à la photographie, au cinéma et à la chanson d’auteur, à Jacques Brel, Léo Ferré, Boris Vian, Charles Trenet et bien sûr, Georges Brassens. Le poète sétois va rapidement devenir son père spirituel, comme il l'explique ci-après:

Thomas Dutronc: "La passerelle pour moi, ça a été son côté troubadour solitaire, cabaret pas chiant, et anarchiste, comme à la fin du Gorille, où il sodomise le juge ! J’avais très peu de conscience politique à seize ou dix-sept ans et je me sentais un peu con par rapport à ça : et puis j’ai trouvé en lui une figure de père que je n’avais pas forcément chez moi (le mien était plutôt grand frère ou copain…) En plus, Brassens a eu une vie très spéciale, il était complètement et authentiquement rebelle dans les années cinquante, sans être enrôlé dans un parti politique. Il n’était pas patriote et je ressens exactement la même chose. En l’écoutant, on a l’impression immédiate d’une grande bonté, d’une tendresse, d’une humilité rares, associées à une modestie immense, une manière de se mettre à la place des autres, de ne pas regarder les gens de haut. Dans La Complainte des filles de joie, par exemple, il parle de la condition des prostituées sur les trottoirs de manière très humaniste." [Le choix de Thomas Dutronc - lecerclepoints.com, à propos du recueil de Georges Brassens Poèmes et chansons]

Django Reinhardt à l'Aquarium Jazz Club de New York © William P. Gottlieb

Également féru de jazz, Thomas Dutronc découvre très rapidement la musique de Django Reinhardt, révélation qui lui donne envie d'apprendre à jouer de la guitare. Cette passion pour le père du jazz manouche, il l'a en commun avec Brassens qui, de son côté, s'était exprimé sur le sujet devant André Tillieu ("le Belge" en tirera une très belle chronique pour la revue Les Amis de Georges: De Liberchies à Carnegie, Django !), dans sa loge de l'Ancienne Belgique à Bruxelles en octobre 1960:

Georges Brassens: "C'est probablement le seul que je puisse écouter sans arrêt des heures entières. J'aime tout de lui (...)" [Sermonte J.-P., 2001. Brassens au bois de son cœur - p. 160]

Après avoir fait ses gammes auprès des meilleurs musiciens de jazz manouche en plein cœur du marché aux puces de Saint-Ouen, Thomas se lance assez rapidement. Entre autre, il écrit - en collaboration avec Arnaud Garoux - Mademoiselle (parue en 2000 sur l'album Chambre avec vue) pour Henri Salvador, entre dans le groupe Gipsy Project de Biréli Lagrène durant une année, crée en 2002 l’A.J.T. Guitar Trio avec Antoine Tatich et Jérôme Ciosi, venus de Corse, se produit comme guitariste dans divers clubs de jazz, comme le Sunset-Sunside et le New Morning à Paris, et participe à Jazz in Marciac, en été 2005. Puis il tourne à travers toute la France avec son quartet, Thomas Dutronc et les esprits manouches avec Jérôme Ciosi, Bertrand Papy et Stéphane Chandelier, pour présenter un spectacle musical mis en scène par Matthieu Chédid et Cyril Houplain. Son premier album studio, Comme un manouche sans guitare, sort le 30 octobre 2007.


Fidèle au style musical qu'il affectionne, Thomas rend hommage à Django Reinhardt dont il admire les talents d'improvisateur. "Chez lui, même les fausses notes sont magnifiques", dit-il de celui dont il possède l'intégralité des enregistrements et joue régulièrement les chorus par cœur. A la journaliste Lætitia Heurtau, il se confiera sur sa passion pour l’œuvre et le style du compositeur de Minor Swing et Nuages:

Thomas Dutronc : "(...) Django, c’est comme si je m’étais pris de passion pour Jean-Sébastien Bach, sauf que Django c’est moderne et qu’on ne le connaît pas trop. Il n’est pas "établi". Django, c’est le plus grand de tous les temps en ce sens qu’il fait tout ce qu’il veut, qu’il ne peut jamais se tromper. C’est surtout ça qui est hallucinant. C’est le plus grand des improvisateurs, pour moi, et il a cette particularité qu’il a une poésie très européenne, moderne. En plus il a ce côté manouche, plein de liberté qui me plaît. Je suis à la recherche de liberté, de trucs surprenants, pas conventionnels et surtout vastes, dans lesquels on peut se plonger et se noyer jusqu’à plus soif. J’adore ce que raconte Django, pour moi c’est comme une drogue, un baume au cœur, c’est très galvanisant." [Thomas Dutronc - Entre musique et cinéma - objectif-cinema.com]

Cette recherche de liberté et de non-conventionalité mise en avant ici nous permet de faire un lien avec la personnalité du créateur de La mauvaise réputation qui aimait à suivre les chemins qui ne mènent pas à Rome. Sur le plan musical également, l'on sait que Georges a progressivement complexifié son jeu de guitare, utilisant des accords donnant à l'oreille des tonalités plus recherchées, proches des harmonies du jazz. En fin guitariste, Thomas Dutronc y va de sa petite analyse:

Thomas Dutronc : "Sa musique s’écoute plus qu’elle ne s’entend, et c’est sans doute pour ça que ses textes sont si agréables à lire, en complément des disques. On y découvre d’autres finesses, comme ce passage génial dans Les trompettes de la renommée :

Dois-je, pour défrayer la chroniqu' des scandales,
Battre l’tambour avec mes parti's génitales."

Si Django Reinhardt est sans aucun doute présent dans les inspirations ayant marqué l’œuvre de Georges (qui lui a d'ailleurs rendu dans Entre la rue Didot et la rue de Vanves), on l'y retrouve aussi par l'intermédiaire de Victor Apicella qui fut second guitariste de notre moustachu sur trois de ses 33T 25 cm: Georges Brassens sa guitare et les rythmes - N°3 (Polydor LP 530033 - fin 1954-début 1955/Philips N 76 063 R - avril 1956), Georges Brassens sa guitare - n°4 (Philips N 76 064 R - mars 1956) et Georges Brassens et sa guitare - n°7 (Philips B 76 488 R - mars 1960). Apicella, surnommé "le Napolitain" (probablement par Brassens lui-même) a appartenu à l'orchestre de Léo Clarens qui accompagnait Patachou, mais se trouve être aussi un ancien membre des Guitars Unlimited et a joué avec Django Reinhardt et Sacha Distel. [Vassal J., 2011. - Brassens, homme libre - p. 263] N'oublions pas non plus Jean Bonal qui officia sur le 33T 25 cm Georges Brassens et sa guitare - Volume 6 (Philips B 76 451 R - novembre 1958) ainsi que Joël Favreau qui rejoignit le sétois en 1971. Celui qui a déjà officié avec Colette Chevrot, Georges Moustaki et Catherine Le Forestier insufle aux musiques de Brassens l'esprit gitan qui le caractérise guitaristiquement parlant. Au fil de leur collaboration, tous deux se sont découvert leur intérêt commun pour la musique de Reinhardt, fredonnant régulièrement ses chorus.

Bien sûr, l'influence de Django Reinhardt ne se limite pas à l’œuvre de Brassens et aux musiciens cités plus haut, loin s'en faut. Il est une référence majeure pour de nombreux guitaristes à travers le monde et dans des styles très différents. Parmi ceux-là: Eric Clapton, Larry Coryell, Jim Hall, B.B. King, Mark Knopfler, Jimi Hendrix (qui a baptisé son trio de 1970 Band of Gypsys en hommage à Reinhardt), Biréli Lagrène, Wes Montgomery, Rodolphe Raffalli et Andrès Segovia. En témoigne une célèbre locution du journaliste et critique de jazz Frank Ténot, au début des années 1980 : "Django est mort depuis trente ans, mais il joue de mieux en mieux."

De son côté, Thomas Dutronc contribue à faire perdurer l'héritage du musicien aux trois doigts de génie à travers ses propres créations. Il n'oublie pas non plus Brassens en reprenant certaines de ses chansons comme La complainte des filles de joie avec Mathieu Chédid à Taratata en 2007 et Quatre-vingt-quinze pour cent avec Renan Luce concert des 10 ans de "Solidays" en 2008.

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