A propos de ce blog

C'est durant ma petite enfance que j'ai découvert l’œuvre de Georges Brassens, grâce à mon père qui l’écoute souvent durant les longs trajets en voiture. Sur la route des vacances estivales, j'ai entendu pour la première fois Le Petit Cheval alors que je n'avais que 4 ans. C'était en août 1981. Au fil des années, j'ai découvert bien d'autres chansons. Dès l'adolescence, Georges Brassens était ancré dans mes racines musicales, au même titre que Jacques Brel, Léo Ferré, Barbara et les autres grands auteurs-compositeurs de la même génération. M’intéressant plus particulièrement à l’univers du poète sétois, je me suis alors mis à réunir ses albums originaux ainsi que divers ouvrages et autres documents, avant de démarrer une collection de disques vinyles à la fin des années 1990. Brassens en fait bien entendu partie. Cet engouement s’est accru au fil du temps et d’évènements tels que le Festival de Saint-Cyr-sur-Morin (31/03/2007) avec l’association Auprès de son Arbre. À l’occasion de la commémoration de l’année Brassens (2011), j’ai souhaité créer ce blog, afin de vous faire partager ma passion. Bonne visite... par les routes de printemps !

J'ai rendez-vous avec vous

"Chaque fois que je chante une chanson, je me fais la belle." Georges Brassens

mercredi 14 septembre 2022

Le Roman de San-Antonio ou le siècle de Frédéric Dard - 1921-2021

Le Roman de San-Antonio retrace le "siècle" de Frédéric Dard (1921-2021). De Bourgoin-Jallieu (38), sa ville natale, à Saint-Chef (38) où il vécut enfant et où il repose à présent, en passant par Les Mureaux (78) où il créa le personnage du commissaire San-Antonio, on y découvre ou revisite son parcours, croisé à celui de Fred Hidalgo, qui lui doit beaucoup. Y est détaillée et explicitée son œuvre, longtemps écartelée entre ses Dard, à l’écriture sobre et incisive, et ses San-Antonio luxuriants qui se démarquent par leurs personnages secondaires hauts en couleur (spécifiquement les inspecteurs Alexandre-Benoit Bérurier dit Béru et César Pinaud), la désinvolture du héros-narrateur, lequel laisse libre cours à son imaginaire et à son style hilarant, mais aussi, sous l’outrance politiquement incorrecte, à sa philosophie mélancolique. Sur le plan de l’humour en particulier, l’aspect fondamental de la série repose sur une langue colorée, truculente, incroyablement inventive. Anglicismes altérés, calembours, catachrèses, contrepèteries, distorsions, métaphores inattendues, tropes, synecdoques: les figures de styles abondent et côtoient les aphorismes, les paradoxes et autres réaménagements syntaxiques, comme le souligne Jérôme Garcin dans son article San-Antonio, priez pour Dard ! publié dans Le Nouvel Observateur N°1858 du 15 au 21/06/2000. Sans oublier que Frédéric Dard, grand amateur – à l’instar de Georges Brassens – de l’œuvre et du style de François Rabelais, est adepte d’une certaine verdeur de langage, mêlant un argot de pucier et nombre de régionalismes à une langue précieuse et savante.

Sur les 11 534 212 mots écrits par l’auteur du roman Béru et ses dames (1967) – dont le film éponyme de Guy Lefranc, sorti en octobre de l’année suivante, fut dialogué par Gilles-Morris Dumoulin qui en a également signé l’adaptation en collaboration avec Patrice Dard – et de bien d'autres pépites, quelques 15 000 sont créés de toute pièce ou issus du vocabulaire argotique. On les retrouve dans le Dictionnaire San-Antonio (1993)  que l'on doit à Serge Le Doran, Frédéric Pelloud et Philippe Rosé. En illustration très à propos de la première de couverture, cette célèbre citation de Frédéric: "J'ai fait ma carrière avec un vocabulaire de 300 mots. Tous les autres, je les ai inventés." Dans Frédéric Dard: qui suis-je (1985), Louis Bourgeois propose une analyse de l’écriture du père de San-Antonio. N’oublions pas l’intérêt suscité auprès des universités, mis en avant par Daniel Fondanèche dans Le Roman policier – coll. "thèmes et études" (2000). À titre d’exemple, citons le colloque Le phénomène San-Antonio, sis à Bordeaux en 1965 et dirigé par Robert Escarpit, qui aborde l'œuvre (représentant la "culture de masse") sous l'angle de la sociologie de la lecture. Ou bien encore San-Antonio et la Culture française, colloque organisé à la Sorbonne du 18 au 20/03/2010 par Françoise Rullier-Theuret.


C’est tout cela que Fred Hidalgo nous dévoile dans son passionnant ouvrage en deux tomes. Le créateur, avec son épouse, du magazine Paroles et Musique et de la revue Chorus (Les Cahiers de la chanson) nous raconte comment, à la suite d’un échange épistolaire débuté un jour de l’automne 1964 alors qu’il n’avait que quinze ans, il reçut un jour chez ses parents la visite de Frédéric Dard et, au fil d’une longue complicité affective qui naquit alors, apprit par la suite à bien connaître tant le romancier français le plus novateur (et populaire) du XXe siècle que l’homme hors du commun. Avec San-Antonio poussa la porte et Frédéric Dard entra – Première époque (1921-1971) et San-Antonio sans alter ego – Seconde époque (1971-2021), Fred Hidalgo nous livre, à travers un témoignage affectueux dont il n’a pas son pareil pour nous rendre complices à la lecture, une belle mise en perspective de l’importance de celui qui reçut le Grand prix de littérature policière des mains de Jeanne Moreau en 1957 pour Le bourreau pleure, paru l’année précédente. Une somme d'informations extraordinaire nous est offerte, sur Frédéric Dard, avec humilité et délicatesse, mais aussi sur la vie culturelle, artistique, littéraire, musicale de l’époque que nous traversons via la lecture de plus de 800 pages issues d’une somme de travail qu’aurait admiré à coup sûr celui de qui Renaud se rapprocha beaucoup après la disparition tragique de Coluche le 19/06/1986 et qui préfaça l’ouvrage Mistral gagnant, publié en février de la même année et qui regroupe les textes des chansons du "chanteur énervant", illustrés de dessins également réalisés par lui. Par ailleurs, Frédéric Dard est l’un des écrivains cités dans la chanson Mon bistrot préféré (parue sur l’album Boucan d’enfer le 28/05/2002) avec Alphonse Boudard, Jean-Pierre Chabrol, René Fallet, Guy de Maupassant, Marcel Pagnol, Jacques Rigaut et Boris Vian.


Autant d’hommes de lettres bien connus de Georges Brassens par leurs écrits, mais aussi personnellement, pour certains avec lesquels celui-ci tissa de profonds liens d’amitiés. Le sétois moustachu, qui manifesta un intérêt certain pour les œuvres du père de San-Antonio (en bonne place dans sa bibliothèque, des Dard tels Le Cauchemar de l’aube (1961), Une seconde de toute beauté (1966) et La dame qu’on allait voir chez elle (1976), mais aussi des San-Antonio comme La Fin des haricots (1961), Ménage tes méninges (1962), Le Coup du père François (1963), Tango Chinetoque (1965) ou encore Un éléphant, ça trompe (1968) [Lonjon B., 2021. Brassens l’enchanteur - p. 499]), partage également avec lui un intérêt certain pour Louis-Ferdinand Céline. Ainsi, dans une lettre à Roger Toussenot datée du 05/09/1949, il mentionne une réunion chez Marcel Renot et avec Armand Robin, au cours de laquelle Céline fut évoqué. Si l’appréciation de Georges au sujet des œuvres de l’écrivain Courbevoisien fut plutôt négative durant une longue période, il changea d’avis après avoir lu Voyage au bout de la nuit (1932), qui prit une place de choix dans sa bibliothèque. Lorsque Fred Hidalgo fait référence à la personnalité de Céline, notamment à son regard critique sur l’être humain, il effectue une comparaison avec celui de Frédéric Dard… qui rejoint l’idée véhiculée par les vers de Brassens dans Le Pluriel. Dans son commentaire, il n’oublie pas d’utiliser judicieusement l’expression "en groupe, en ligue, en procession", qui n’est autre que le titre de la chanson que Jean Ferrat composa en réponse à son compère sétois.

Brassens, lui aussi cité par Renaud parmi les auteurs-compositeurs-interprètes, fut fort apprécié de Frédéric Dard et bien plus encore. Cette admiration se retrouve et se ressent régulièrement au fil de l’œuvre de l’auteur berjallien. À l’exemple de cette célèbre citation tirée de L'Histoire de France vue par San-Antonio (1964) et qui renvoie d’une certaine manière à la chanson Le temps ne fait rien à l’affaire:

(…) l’humanité se divise en deux groupes seulement : les jeunes gens et les vieux cons (…), le signe de notre époque, c'est que les vieux cons sont de plus en plus jeunes.

On la retrouve dans le recueil Réflexions appuyées sur la connerie (1999), souvent évoqué par Fred Hidalgo qui cite Brassens à plusieurs reprises au cours de son récit. À ce sujet, c’est durant sa petite enfance qu’il fut initié à la musique par son oncle, le peintre Antonio Garcia Lamolla. Créateur d’une toile baptisée Il pleut des chansons, celui-ci fit entendre pour la première fois à son neveu Le Gorille, Le Petit Cheval, Les Amoureux des bancs publics, Chanson pour l’Auvergnat et Les Sabots d’Hélène… Des chansons qui marquèrent à jamais le jeune garçon qui fit alors entrer Brassens dans son univers. Dans San-Antonio poussa la porte et Frédéric Dard entra, Fred Hidalgo fait ainsi le lien avec sa découverte de San-Antonio, né la même année que lui:

Fred Hidalgo: "Quel bonheur de pouvoir lire ça ! N’en déplaise aux gardiens de l’ordre établi, toujours prompts à jouer les rabat-joie et vous rabattre le caquet ; aux pensionnaires de la Coupole, aux suppôts du sabre et du goupillon, aux experts en calibrage et formatage, aux champions de la prohibitions, mais aussi aux braves gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… Brassens et San-Antonio, même combat. Sobre ou exubérant, chacun son style, mais faisant haro de concert sur le baudet, comme Baudelaire sur la "bêtise contemporaine". Difficile, un demi-siècle après, de rendre palpable leur rôle salvateur auprès des jeunes d’alors. Mais en vérité, je vous le dis: à la lecture de l’un ou de l’autre, sous réserve de n’avoir pas le cerveau ramolli ou "les méninges qui se croisent les bras", on se libérait de ses chaînes."

Ajoutons, que les grivoiseries des deux orfèvres des mots, pas toujours bien vues ni comprises à leur époque, eurent pour l’un comme pour l’autre des conséquences similaires: Elvira Brassens n’alla jamais voir son fils en concert, tandis que Joséphine-Anna Dard n’a jamais lu ou presque les écrits de Frédéric. San-Antonio, encore moins. Mais les deux mères furent néanmoins fières de la réussite de leurs rejetons. Cette réflexion se retrouve dans un entretien que Fred Hidalgo eut avec Frédéric Dard en octobre 1997 au Royal Monceau, sis au 37, avenue Hoche (Paris 8e) et qu’il est particulièrement intéressant d’évoquer. L’ensemble fut retranscrit pour publication dans le N°23 (printemps 1998) de Chorus. Dans cette biographie au fil des goûts musicaux du père de San-Antonio qui eut à l’origine souhaité en faire une émission télévisée intitulée Ma vie en chansons, notre attention est particulièrement retenue par une anecdote que distille l’écrivain au fil des questions de Fred Hidalgo. Dard, amoureux des mots, s’enthousiasme à propos de Boby Lapointe, qui les mania de main de maître. Laissons-lui de suite la parole !

Frédéric Dard: "Boby Lapointe ! Je l’adorais. Je l’ai vu chanter plein de fois dans les cabar’ ; il avait une façon irrésistible de bouger et de scander ses chansons. Un grand monsieur de la chanson, qui est mort dans ma dèche, le pauvre… Ca me rappelle qu’un jour, ma fille aînée et son mari, qui cherchaient une maison dans la banlieue de Paris, ont visité une baraque qui avait appartenu à Brassens, je ne sais plus où… [Il s’agit du "Moulin de La Bonde" à Crespières (78)] elle était vide, bien sûr, il n’y avait plus de meubles, plus rien, sauf une grande enveloppe qui traînait… Ma fille l’a ramassée : c’était une radiographie de Boby Lapointe ! Brassens avait dû l’héberger… Tu peux pas savoir l’effet que cette radio a produit sur elle – elle l’adorait, elle aussi. Elle en a été bouleversée." [Hidalgo F., 2022. San-Antonio sans alter ego – Seconde époque (1971-2021) - p. 181]

Exprimant ensuite sa satisfaction à l’idée que l’œuvre de l’auteur-compositeur de Ta Katie t'a quitté soit passée à la postérité, il regrette malgré tout que cette gloire ne soit que posthume et, selon lui, pas encore assez importante…

Frédéric Dard: "(…) Je me souviens de lui avec beaucoup de tendresse et d’émotion. Il était… (Il fredonne Aragon et Castille et s’arrête subitement) Là, il avait un coup d’épaule brusque comme un coup de cymbale ! (Rire) Le culte qu’on lui voue aujourd’hui est parfaitement mérité, mais encore trop confidentiel. Enfin, l’essentiel, est qu’il ne soit pas tombé brutalement dans l’oubli." [Hidalgo F., 2022. San-Antonio sans alter ego – Seconde époque (1971-2021) - p. 181]

Fred Hidalgo participa, l’année dernière à Sète, à la célébration du Centenaire de la naissance de Georges Brassens et des quarante ans de sa disparition. Les 28 et 29/06 précisément, il fut invité à participer à un événement autour des cent ans de Frédéric Dard avec des rencontres, tables  rondes, lectures  croisées  (San-Antonio-Brassens), des conférences et des concerts de Jacques Ibanès (le 28) et d’Yves Uzureau (le 29). C’était tout naturel pour celui qui découvrit en haut de la page 56 de Ceci est bien une pipe, paru au début de l’année 1999 (marquant donc le 50e anniversaire du commissaire San-Antonio) et dédié au peintre surréaliste belge René Magritte, la fameuse dédicace qui dut provoquer en lui une émotion que l’on devine: "Je connaissais la chanson, paroles et musique, comme dirait mon cher Fred Hidalgo, le plus féal de mes féaux. Je le proclame ici Grand Connétable de la San-Antoniaiserie, titre dont il pourra se parer sa vie durant et orner ses pièces d’identité."

Le Centenaire San Antonio réunit l’écrivain berjallien et l’auteur-compositeur-interprète sétois – qui ne se rencontrèrent jamais dans la vie réelle – au gré des interventions nombreuses et diversifiées autour de leurs écrits respectifs. L’occasion de redécouvrir entre autre les nombreuses citations ou évocations de Georges Brassens dans San-Antonio, répertoriées par Bernard Lonjon et Pierre Schuller (Auprès de son Arbre)…

"Les papiers trouvés sur lui m’apprennent qu’il s’appelle Hussin et qu’il est Syrien. Il habite en Italie et son passeport indique qu’il est en Suisse depuis quatre jours. C’est peu… Enfin, comme chante Brassens, tout le monde ne peut pas s’appeler Durand, n’est-ce pas ?"
Au suivant de ces messieurs (Fleuve Noir – Spécial Police N° 111 ; 1er tr. 1957)

"Je biche comme un pou sur la tête de Brassens. Voilà que ça s’emboîte merveilleusement."
Des gueules d’enterrement (Fleuve Noir – Spécial Police N°117 ; 1er tr. 1957)

"J’ouvre aussitôt. Je me trouve devant un type immense qui me dépasse de la tête. Il a un chapeau sur la sienne, des moustaches à la Brassens et un regard
complètement éteint bien qu’il soit sombre comme la nuit du 4 août !"
Les anges se font plumer (Fleuve Noir – Spécial Police N° 123 ; 2ème tr. 1957)

"Bérurier, heureux comme le printemps, chante à tue-tête une merveilleuse complainte dans laquelle il est question d’un invalide dont une partie délicate de l’individu est en bois ; ce qui, entre nous, doit avoir des avantages à certains moments. Son hymne étant à la mesure de son contentement, il me fracasse le tympan.
— Mets une sourdine, Gros, suppliai-je. J’aimerais bien entendre une dernière fois un disque de Brassens avant de m’engloutir dans le monde du silence."

Tout le plaisir est pour moi (Fleuve Noir – Spécial Police N°207 ; 4ème tr. 1959)

"Les aiguilles de la grosse horloge ressemblent à la moustache de Brassens car il est sept heures vingt."
Ne mangez pas la consigne (Fleuve Noir – Spécial Police N°250 ; 1er tr. 1961)

"Il est fait pour être détective, comme Georges Brassens pour être sacristain." [On devine ici une allusion à la quatrième strophe du Mauvais sujet repenti]
Fleur de nave vinaigrette (Fleuve Noir – Spécial Police N°293 ; 1er tr. 1962)

"C’était un teuton grand et gros avec une tête ronde enfoncée dans les épaules. Il ne portait pas de barbe mais une simple moustache à la Brassens." [Il s’agit là d’une description de Charlemagne]
L’Histoire de France vue par San-Antonio (1964)

"Moi, vous me connaissez ? La prudence au sein de l’imprudence, toujours ! C’est pas parce que les recherches semblent avoir cessé que je quitte ma cachette. Au creux de mon arbre je suis bien pour voir venir. La fameuse chanson de Brassens me vient à l’esprit: "Est-il encore debout le chêne, ou le sapin de mon cercueil ?". [Le testament] Je trouve que c’est une des plus belles questions de la littérature, pas vous ? Ça fait méditer… C’est l’image choc, celle qui remet l’homme sur les rails de la réalité d’où son orgueil le fait sortir trop souvent.
"J’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre", fredonné-je..."

Mange, et tais-toi ! (Fleuve Noir – Spécial Police N°565 ; 4ème tr. 1966)

"L’oreille, c’est un conduit : rien qui y séjourne. Mozart, un peu, Beethoven et puis Brassens aussi dans un autre genre ; excepté ça, les mecs: un tuyau d’écoulement, je vous dis."
Faut être logique (Fleuve Noir – Spécial Police N°577 ; 1er tr. 1967)

"Béru se livre à un fulgurant calcul mental, ce qui vaut mieux, comme disait Brassens de l’Académie française, que d’en délivrer un de sa vessie." [Dans Brassens l’enchanteur (2021), Bernard Lonjon souligne que l’un des personnages du roman, leader révolutionnaire, s’appelle Anar Chizan. Un clin d’œil manifeste au sétois moustachu]
L’archipel des Malotrus (Fleuve Noir – Spécial Police N°631 ; 4ème tr. 1967)

"Gare
au gori i i i lle ! La différence principale existant entre les singes et nous, c’est que les vrais singes peuvent se pendre par la queue." (p. 32)
"Je découvre un grand malabare en pyjama, chaussé de pantoufles et armé d’un fusil de calibre 12. Il a les cheveux en broussaille, une moustache à la Brassens, des valoches sous les yeux et l’air aussi avenant qu’un gardien de la paix auquel on vient de barboter son gode-bâton-miché." (p. 82)
Faut-il vous l'envelopper ? (Fleuve Noir – Spécial Police N° 709 ; 30/12/ 1968)

"Ça tourne en rond. On se croirait au carrousel ! Je vais recommencer… Béru qui s’affale, plaide coupable, l’affreux connard ! Le tueur qui, le messager que, le flic américain dont… Mon manège à moi, sétois (dirait Brassens). Le tourbillon en folie." [Le titre du roman est aussi celui d’une chanson d’Édith Piaf, que l’on doit à Henri Conte (paroles) et Georges Moustaki (musique).]
T’es beau, tu sais (Fleuve Noir – Spécial Police N° 980 ; 20/07/1972)

"Je branche mon touille-cassettes, histoire de parachever l’ambiance. Mon pote Robert "Bonhomme" m’a arrangé une bande au poil pour sonoriser mes états d’âme. A repiquer des tas de machins mélimélesques: Aznavoche, Barbara, l’Adagio, le grand Ferré, le Brassens Papillon, un zeste de Mozart, un chouille de folklore hongrois, une giclée de flûte des Andes… Ça te maquille un fond sympa sur lequel t’as plus qu’à placarder ta musiquette intérieure." [À noter également que cet opus  – le premier de la série dans lequel Frédéric Dard se met à tutoyer son lecteur – fait apparaître une certaine Fernande]
J’ai essayé: on peut ! (Fleuve Noir – Coll. San-Antonio N° 6 ; 03/03/1973)

"Je ne vois pas d’autre solution. Et cette nuit même, mon chéri. Tu vas faire un beau paquet de Kimkonssern et aller le déposer "en un sac en Seine", comme chante Brassens." [Cette citation contient d’un vers du second dizain de la Ballade des dames du temps jadis, que voici dans sa version d’origine: Fust geté en ung sac en Saine ?]
Dis bonjour à la dame (Fleuve Noir – Coll. San-Antonio N° 42 ; 18/06/1975)

"Mais Béru, depuis des immémorialités de temps, a fait sienne la chanson de Brassens : "Cette fille est trop vilaine, il me la faut." La laideur l’excite. " [On reconnaîtra ici une citation du refrain de Don Juan]
Hue, Dada ! (Fleuve Noir – Coll. San-Antonio N° 79 ; 20/10/1977)

"Elle croise ses jambes aussi haut qu’il est possible de le faire sans se fendre en deux, et attend en sifflotant d’un air voyou une chanson de Brassens dont le refrain dit comme ça qu’il n’est pas possible qu’on détrône le roi des cons."
Tire-m'en deux, c'est pour offrir (Fleuve Noir – Coll. San-Antonio N° 100 ; 20/04/1979)

"Tout est bon, y a rien à jeter, qu'il aurait chanté notre Brassens !" [Sans oublier le patronyme de la victime du crime qui lance l’intrigue du roman : Mélanie Godemiche. Avec un nom pareil, son géniteur d’auteur ne pouvait qu’être inconditionnel de Brassens [Hidalgo F., 2022. San-Antonio sans alter ego – Seconde époque (1971-2021) - p. 230]]
Céréales Killer (Fleuve Noir – San-Antonio N° 175 ; mai 2001)

Il eut été dommage de conclure ces lignes sans adresser un dernier clin d’œil à Frédéric Dard – auquel Fred Hidalgo a si bien rendu hommage – en citant la première phrase de la série San-Antonio. Le ton est parfaitement donné, le narrateur situé. Il s’adresse au lecteur sans détour, comme il le fera tout au long des cent soixante-quinze volumes :

"Si un jour votre grand-mère vous demande le nom du type le plus malin de la Terre, dites-lui sans hésiter une paire de minutes que le gars en question s’appelle San-Antonio."
Réglez-lui son compte ! (1949) - p. 11 de la réédition Fleuve Noir du 19/06/1981


Plus d'informations sur Le Roman de San-Antonio:

- https://fred-hidalgo.fr/
- http://sicavouschante.over-blog.com/2022/07/le-roman-de-san-antonio-vu-par-ses-lecteurs.html
- https://www.toutdard.fr/writer/auteurs/autres-auteurs/fred-hidalgo/
- http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2022/09/01/la-chanson-de-san-antonio-paroles-de-fred-hidalgo-musique-de-frederic-dard/
- https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/tag/fred-hidalgo/

 

 - Un grand merci à Fred Hidalgo pour son formidable ouvrage qui nous immerge si bien au cœur de la vie et de l’œuvre de Frédéric Dard, ainsi qu'à Pierre Schuller (Auprès de son Arbre) pour le partage des illustrations des couvertures originales de San-Antonio (issues de sa collection personnelle) qui illustrent cet article ! -

2 commentaires:

  1. Saisi je suis. Admiratif itou. Mais surtout heureux, tellement heureux, de ce beau travail sur les passerelles entre mon cher Frédo et le bon Georges... Le premier admirait immensément le second, lequel, comme relevé ici, lisait et Frédéric Dard et San-Antonio avec bonheur. Les deux hommes et les deux œuvres sont en effet très proches par bien des aspects...

    Pour parachever votre bel article (et le "justifier" encore plus a postériori, si besoin était), sachez que j'avais prévu de consacrer à Brassens le premier numéro de "Paroles et Musique" en juin 1980... J'avais pris les devants en écrivant en début d'année à l'intéressé depuis Djibouti où je vivais alors. Malheureusement, comme nous le dira Gibraltar, Georges était déjà bien fatigué et, comme c'était notre premier numéro et que nous voulions lui consacrer un super-dossier, dans tous les sens du terme, j'avais demandé (en y mettant les formes, bien sûr, mais quand même...) deux à trois heures d'entretien ! Avec Jacques Brel, décédé deux ans auparavant, ce rendez-vous manqué reste le plus grand regret de ma vie professionnelle...

    On se "rattrapera" néanmoins quatre ans plus tard en réalisant un beau dossier d'une quarantaine de pages (avec des illustrations et témoignages inédits ou exclusifs), à l'occasion, enfin, de la mise en vente du "mensuel de la chanson vivante" dans tous les kiosques de France et de Navarre (jusqu'alors il était seulement diffusé par correspondance)... Brassens en Une à cette occasion, pour moi, c'était évident.

    Merci encore, cher Sébastien, pour avoir eu envie, à la lecture de mon "Roman de San-Antonio", d'effectuer ce parallèle rien moins que naturel.

    PS. J'en profite pour dire à vos lecteurs-lectrices que, devant l'accueil réservé à l'ouvrage par ses souscripteurs et les envies qu'il suscite de ce fait, nous avons décidé de nous séparer d'une partie de notre collection personnelle. Oh, pas grand-chose : 12 exemplaires (des deux tomes) sur 20. Si intéressé(e), me contacter par mon blog à :
    sicavouschante.blog@orange.fr
    Mais faites vite, ce sont les tout derniers...

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    1. Bonsoir Fred,

      Merci beaucoup pour votre message !

      L'année dernière déjà, je souhaitais écrire quelque chose à l'occasion du double centenaire Brassens/Dard. D'autant plus qu'une discussion avec Pierre Schuller, qui avait lancé un fil de discussion sur la page Facebook alors qu'il devait se rendre à Sète les 28 et 29 juin, m'avait stimulé. Mais, suivant le rythme soutenu des festivités autour de Brassens en 2021 pour ensuite relayer les informations sur mon blog, ce, en parallèle de mon activité professionnelle, je me suis vu contraint de remettre à plus tard mon projet. Et c'est vous qui m'avez donné l'occasion de me mettre finalement à l'ouvrage. L'occasion était trop belle pour être manquée !

      Quel dommage que vous n'ayez pu réaliser vos entretiens avec Jacques Brel et Georges Brassens ! J'ai, pour ma part, la chance de posséder les deux numéros de "Chorus" comportant chacun un dossier consacré à Brassens et m'y replonge régulièrement lorsque je me lance dans l'écriture d'un nouvel article.

      À très bientôt le plaisir de discuter de nouveau avec vous en chansons !

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